Histoires d’urbanisme

Le PLU est présenté comme « l’outil adapté pour définir les évolutions et la préservation de l’environnement quotidien de nos concitoyens.

Il doit répondre à 3 objectifs principaux :

  • Le renforcement de la mixité fonctionnelle et sociale,
  • La maîtrise de la ressource foncière et la lutte contre l’étalement urbain,
  • La préservation et la mise en valeur du patrimoine environnemental, paysager et architectural.

La mixité fonctionnelle et sociale est un enjeu important en matière d’urbanisme. Avant l’ère industrielle, cette mixité existait au sein des villes (cf : Les rues des métiers) . Il y avait certes des lieux de prestige occupés par le pouvoir ou par une classe aristocratique mais il y avait un lien très net entre le lieu d’habitation et le lieu de travail.

A partir de l’ère industrielle, cela change. Ce changement se voit sur une carte de toutes les villes d’Europe Occidentale  en façade Atlantique, du nord de l’Ecosse jusqu’au sud de la péninsule Ibérique touchés aux premiers temps par la révolution industrielle : les quartiers populaires sont généralement situés au nord/nord-est des agglomérations tandis que les quartiers dit « bourgeois » sont situés au sud/sud-ouest. L’explication est simple : les quartiers populaires sont sous les vents dominants. Ce sont donc eux qui reçoivent les nuisances (fumées, odeurs, bruits) tandis que les quartiers bourgeois sont épargnés.

Ce phénomène s’est fortement amplifié en France après la seconde guerre mondiale. Il a fallu remplacer les habitations détruites mais il a fallu surtout reloger des personnes dont les conditions de logement étaient encore désastreuses en 1950. C’est l’ère des grands ensembles. En moins de 10 ans la population de Sarcelle (6000 habitants en 1960), au nord de Paris est multipliée par 10.

Les conditions de logement sont un luxe pour l’époque, en particulier la salle de bain et l’eau chaude qui étaient absents des logements que ces personnes occupaient dans Paris.

Mais dès leur conception, les habitants expriment de fortes critiques. Elles portent principalement sur les temps de transport entre l’habitation et le lieu de travail. Mais il y a aussi l’ennui. Ce sont des cités dortoirs, repliées sur elles. Les lieux de culture, de loisirs et de pouvoir sont en centre-ville. De sorte que les habitants se sentent à la marge. Issus des milieux populaires, cette mise à l’écart accentue les problèmes sociaux en les concentrant en un seul lieu.

De plus, dans les années 60, les villes sont conçues pour la voiture. Les petits commerces de quartiers disparaissent au profit de zones commerciales. Les infrastructures routières se développent, apporte des nuisances et surtout créent des frontières symboliques qui enferment les centres-villes à l’intérieur de périphériques et de rocades. On peut réellement parler de ghettos et cela explique en partie ce que l’on appelle trop facilement « le malaise des banlieues ». C’est à cette époque qu’est actualisé le mot « Banlieue ». Au moyen-âge, le mot désigne cet endroit hors de la ville où sont rejetés (mis au ban) les populations indésirables.

Habiter à quelques kilomètres de Paris peut signifier deux heures de transport…

Le PLU est donc un outil qui devrait permettre de renverser cette tendance. Le bon fonctionnement de la ville dense s’appuie sur une proximité des différentes fonctions qu’elle abrite, de l’emploi, du logement et des services. Ce qui signifie que cela aura un impact sur la destination des locaux : habitation, commerce, services en tenant compte des nuisances qu’elles peuvent entrainer.

Cela se traduira par exemple par l’obligation d’implanter certaines fonctions comme des équipements culturels ou de loisir en lien avec les habitants d’une zone.

Cela suppose donc une maîtrise de la ressource foncière et une lutte contre l’étalement urbain. Si dans les années 60, on pouvait encore rejeter des zones HML au-delà d’un périphérique et loin du centre-ville, cela n’est, en théorie, plus possible. Désormais les constructions doivent se faire en continuité des zones existantes et à proximité des réseaux et des infrastructures de transport existants.

Cela permet ainsi de limiter l’étalement urbain mais cela entraine également une économie de moyens, ainsi qu’une rationalisation des équipements, des réseaux d’utilité publique et de transport.

Cela entraine certes une densification de la population qui, mal anticipée, peut être problématique, notamment en termes de circulation, de congestion des capacités des zones concernées.

Enfin, l’accent est mis sur la préservation et la mise en valeur du patrimoine environnemental, paysager et architectural. Il suffit juste de se représenter ce que sont les abords des villes où sont implantés d’immenses zones commerciales, les grands ensembles des années 60 pour comprendre cet enjeu. Dans l’esprit du PLU, les zones urbaines doivent offrir un cadre de vie agréable.

Il s’agit de préserver l’architecture et les paysages existants mais il permet aussi de favoriser l’innovation architecturale.

Et surtout, il doit s’inscrire dans une perspective de développement durable. L’accent est mis sur la préservation de la biodiversité.

Extrait du guide de la modernisation du PLU : L’une des réponses apportées à la préservation du cadre de vie est environnementale. Elle se traduit par des objectifs de diminution et de compensation de l’artificialisation des sols pour préserver les espaces naturels ou cultivés, la qualité écologique et paysagère des sols, la biodiversité et le cycle de l’eau.

L’étendue du sujet de la qualité du cadre de vie implique une traduction à travers tous les articles du règlement et ne peut pas se limiter à quelques outils. En effet, elle est liée à l’aménagement du territoire dans son ensemble, à son développement économique, social, et environnemental, aux facilités de déplacements et d’accès aux transports, à la proximité des équipements.

La traduction réglementaire des enjeux de préservation environnementale doit donc permettre de mieux adapter les règles aux qualités spatiales et environnementales à préserver, pour respecter les équilibres existants, voire restituer des continuités paysagères, des corridors de biodiversité grâce au coefficient de biotope, ou encore à la possibilité de qualifier les clôtures.