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The Clean – « Point That Thing Somewhere Else »

Dunedin, 1981 – naissance d’une onde

À l’extrême sud de la Nouvelle-Zélande, dans la ville côtière et brumeuse de Dunedin, une onde discrète se propage. Ce n’est pas une révolution à grand fracas, mais plutôt un grondement souterrain, une vibration obstinée qui fait trembler les murs de petits clubs et les magnétophones à bande. The Clean — trio fraternel formé par David et Hamish Kilgour, rejoints par Robert Scott à la basse — émerge comme l’un des premiers souffles de ce que l’on appellera bientôt le Dunedin Sound.

Et au cœur de cette tempête tranquille, il y a un morceau : « Point That Thing Somewhere Else ». Ni véritable chanson pop, ni instrumental à la dérive : c’est un mantra bruitiste, une incantation minimale qui déchire le voile du silence pour révéler quelque chose de profondément hypnotique. Un morceau qui refuse les conventions pour mieux creuser l’obsession.


Hypnose rythmique & tension primitive

Pas de couplet-refrain ici, pas de climax. Le titre se construit autour d’un riff monocorde, presque krautrock dans sa répétitivité, que David Kilgour répète inlassablement comme pour atteindre un état de transe. Chaque boucle semble nous dire : “regarde encore, mais autrement”. On pense à Can, à Neu!, aux Velvet Underground aussi — mais passés au filtre d’un enregistrement lo-fi à la hâte, dans une salle de bain peut-être, ou un garage, quelque part à Dunedin.

La batterie de Hamish, sèche comme un tambour tribal, maintient une pulsation constante, implacable. Robert Scott plaque ses lignes de basse comme des nervures souterraines, discrètes mais essentielles. Et puis, il y a les dissonances. Ces éclats de guitare fuzzy qui surgissent comme des éclairs nerveux, éclaboussant la toile monochrome du morceau. Un cri muet dans un monde alangui.


Un manifeste lo-fi enregistré dans la marge

« Point That Thing Somewhere Else » paraît en 1981 sur le désormais mythique EP Boodle Boodle Boodle, première sortie officielle de The Clean et première pierre du label Flying Nun Records. Produit avec des moyens dérisoires, l’EP capture pourtant une urgence palpable, presque mystique. Rien n’est poli, tout est brut, comme taillé à la serpe dans un marbre encore vivant.

C’est cette esthétique DIY, cette fragilité vibrante, qui a fait école. Dans les années suivantes, des groupes comme Pavement, Yo La Tengo, Sonic Youth ou même Guided by Voices ont repris le flambeau, citant The Clean comme une influence souterraine, une lumière lointaine mais constante.


Un morceau devenu totem

« Point That Thing Somewhere Else » n’est pas une chanson à écouter. C’est un morceau dans lequel on entre, comme on plonge dans une boucle d’écho ou un rêve à peine formulé. Il ne se termine pas vraiment, il s’éloigne, laissant derrière lui une trainée de poussière sonore.

En live, le morceau devient souvent le moment central d’un set de The Clean, un espace de divagation et d’extase. La version live disponible sur Odditties 2 (et rééditée sur Spotify) en témoigne : les musiciens s’y lâchent avec une liberté rare, comme s’ils invoquaient quelque chose de plus grand qu’eux.


Héritage et échos contemporains

En 2022, le groupe canadien The Courtneys, signé aussi chez Flying Nun, lui rend hommage avec une reprise d’une fidélité touchante — preuve que l’influence du trio néo-zélandais continue de résonner dans les circuits indépendants. Sur Bandcamp, cette version est comme une lettre d’amour adressée à ceux qui ont, un jour, pointé « ce truc » ailleurs, loin des conventions.

« Point That Thing Somewhere Else » est moins un titre qu’un état d’esprit. Une musique qui ne cherche pas à plaire mais à faire ressentir. The Clean n’a jamais crié plus fort que nécessaire — mais leur écho, lui, résonne encore, quelque part, ailleurs.


Pour prolonger le voyage…

Si « Point That Thing Somewhere Else » vous a happé dans sa spirale, poursuivez avec :

  • Tally Ho! (autre classique de The Clean, plus pop, mais tout aussi essentiel)
  • I Heard You Looking de Yo La Tengo, pour une montée instrumentale cousine
  • Slanted and Enchanted de Pavement, descendant direct de l’école lo-fi
  • Ege Bamyasi de Can, pour la transe rythmique avant l’heure

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